Des pilules à haut risque


Les antidépresseurs augmentent les risques suicidaires La prise d'antidépresseurs augmente les risques suicidaires mais le lien avec un comportement violent n'est pas démontré, indiquent des experts suite à la confirmation qu'un médecin vendéen (France), suspecté d'avoir tué sa famille en mai avant de se suicider, prenait des antidépresseurs.

Q- Quelles sont les caractéristiques de l'antidépresseur que prenait le Dr Emmanuel Bécaud ?

R- Il s'agit de sertraline, une molécule commercialisée sous le nom de Zoloft en France. Cet anti-dépresseur appartient à la classe des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (ISRS), qui permettent de récupérer la sérotonine qui manque en cas de dépression. La fluoxétine, commercialisée sous le nom de Prozac, appartient aussi à cette famille. Ces antidépresseurs de deuxième génération sont aujourd'hui les plus utilisés du fait de leurs effets secondaires moindres que les antidépresseurs classiques.

Q- Ces antidépresseurs sont-ils à risque ?

R- "Assez rapidement après la mise sur le marché de la fluoxétine, notamment aux Etats-Unis, il a été rapporté des cas de troubles suicidaires, voire de suicides violents, qui ont amené à se poser la question d'un lien avec les traitements", souligne Anne Castot, chef du service de la gestion des risques des médicaments à l'Afssaps (Agence de sécurité sanitaire des produits de santé). "Aujourd'hui on sait que les antidépresseurs peuvent entraîner un risque suicidaire, essentiellement chez l'adulte jeune, ce qui nécessite une surveillance très rapprochée". Cependant, "le lien n'est pas formellement établi" car la dépression et les éventuels troubles psychiatriques associés sont eux-mêmes des facteurs de risque suicidaire, note Mme Castot.

Q- Y-a-t-il aussi des risques accrus de comportements agressifs, voire violents ?

R- "Tous les antidépresseurs peuvent induire des virages maniaques de l'humeur, particulièrement chez les patients bipolaires" (maniaco-dépressifs), dit l'Afssaps. Au-delà, une étude a établi que chez les enfants et adolescents les antidépresseurs peuvent provoquer une augmentation des comportements suicidaires mais aussi hostiles (agressivité, comportement d'opposition, colère). Pour les adultes, les études sont "très contradictoires" et "il n'y a aucune donnée qui permette de dire que les antidépresseurs et en particulier ceux de cette génération peuvent précipiter effectivement la survenue de comportements violents", selon Mme Castot. Pour elle "le lien entre antidépresseur et violence sera très difficile à établir, car il faut tenir compte des antécédents du patient, de sa situation, des virages brutaux de l'humeur qu'on connaît même sans antidépresseurs". Risques de suicide ou de violence, "dans les premiers jours du traitement anti-dépresseur, la règle est de vérifier s'il n'y a pas une discordance car il peut y avoir un décalage, une levée d'inhibition sans qu'il y ait encore un effet sur la souffrance, les idées de suicide et les idées noires", précise le Pr Jean-Pierre Olié, chef de service de psychiatrie à l'hôpital Sainte-Anne.

Q- Y-a-t-il des limites posées à l'usage des antidépresseurs ?

R- Oui, chez les enfants ou adolescents. Ils n'ont pas d'autorisation de mise sur le marché dans l'Union européenne pour le traitement de la dépression des moins de 18 ans, à l'exception du Prozac, qui peut être utilisé en association avec un traitement psychothérapeutique chez les enfants de plus de huit ans répondant mal à la psychothérapie. La sertraline peut être utilisée chez l'enfant et l'adolescent pour le traitement des troubles obsessionnels compulsifs.

Dépêche AF.
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